Accueil Politique Excellence opérationnelle : le vrai test de la crédibilité budgétaire du Gabon

Excellence opérationnelle : le vrai test de la crédibilité budgétaire du Gabon

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Le Gabon ne souffre pas seulement d’un problème de ressources. Il souffre surtout d’un problème de transformation de la ressource en résultat.

C’est peut-être l’un des débats les plus importants de notre reconstruction nationale.
On parle beaucoup de dette, de recettes fiscales, de diversification et d’investissements. Mais une question demeure trop rarement posée : combien coûte réellement à l’État chaque résultat obtenu ? Un budget crédible n’est pas celui qui annonce beaucoup. C’est celui qui exécute mieux, paie à temps et produit des résultats mesurables.

Les exemples internationaux sont éclairants. Le Rwanda a construit une partie de sa crédibilité sur une culture de performance, avec des objectifs publics suivis et évalués.

Singapour, avec des ressources naturelles limitées, a fait de la qualité de son administration un avantage économique majeur.

La Côte d’Ivoire, depuis plusieurs années, a renforcé la programmation et le suivi de ses investissements publics pour soutenir sa transformation économique.

Le Gabon peut tirer une leçon simple de ces expériences : la richesse d’un pays ne garantit pas sa performance ; la qualité de son organisation, oui.

Notre priorité devrait donc être de passer d’une logique de consommation des crédits à une logique de production de résultats.

Cela suppose trois ruptures.

Première rupture : programmer avant de dépenser.
Chaque franc public doit être rattaché à une priorité nationale, un calendrier, un responsable et un résultat attendu.

Deuxième rupture : synchroniser budget et trésorerie. Un investissement annoncé mais non financé à temps devient une promesse. Une facture publique impayée devient un coût pour l’entreprise. Un chantier interrompu devient une perte pour la collectivité.

Troisième rupture : mesurer ce que l’État produit.
Combien de kilomètres de routes réellement livrés ? Combien de salles de classe effectivement construites ? Combien d’entreprises financées et devenues productives ? Combien d’emplois créés par les investissements publics ?

Voilà les indicateurs qui devraient progressivement devenir aussi importants que le volume des crédits inscrits au budget.

L’excellence opérationnelle n’est donc pas une réforme technocratique supplémentaire. C’est une réforme de l’État.

Elle touche à la responsabilité des ministères, à la chaîne de la dépense, à la trésorerie, aux marchés publics, au suivi des projets et, surtout, à la culture administrative.

Car un pays ne devient pas souverain financièrement simplement parce qu’il possède des ressources. Il le devient lorsqu’il sait les programmer, les protéger et les transformer en résultats.

Le Gabon dispose aujourd’hui d’une fenêtre historique pour franchir ce cap.

Nous devons avoir le courage de poser une nouvelle règle : aucune dépense publique sans objectif clair, aucun grand projet sans indicateur de résultat, aucun crédit sans évaluation de son impact.

C’est ainsi que se construit la confiance. La confiance des citoyens. La confiance des entreprises. La confiance des investisseurs. La confiance des partenaires financiers. Et surtout, la confiance d’un État en sa propre capacité d’action.

Le véritable luxe du Gabon ne sera bientôt plus d’avoir des ressources. Ce sera de savoir les transformer, avec discipline, en routes, en emplois, en entreprises, en services publics et en prospérité.

L’excellence opérationnelle n’est donc pas la réforme qui fait le plus de bruit. C’est celle qui peut faire fonctionner l’État.
Et lorsque l’État fonctionne mieux, chaque franc public cesse d’être simplement une dépense : il devient un instrument de puissance nationale.

Yves Fernand Manfoumbi 

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