Accueil Politique Le Gabon est-il premier en développement humain… ou premier dans l’autosatisfaction ?

Le Gabon est-il premier en développement humain… ou premier dans l’autosatisfaction ?

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Le Rapport national sur le développement humain (RNDH 2026) vient de classer le Gabon premier en Afrique centrale et 108ᵉ au niveau mondial.

À première vue, cette annonce pourrait susciter la satisfaction. Mais une question s’impose immédiatement : de quel Gabon parle-t-on ? Celui des statistiques ou celui que vivent les Gabonaises et les Gabonais au quotidien ?

Car il faut d’abord rétablir une vérité.

Le Gabon n’a pas découvert cette première place en 2026. Depuis de nombreuses années, notre pays est le mieux classé de la sous-région selon l’Indice de développement humain. Présenter ce classement comme un exploit inédit relève davantage de la communication que de l’information.

La vraie question n’est donc pas de savoir si le Gabon est premier en Afrique centrale.

La vraie question est de savoir pourquoi, malgré ce classement, tant de nos compatriotes ont le sentiment que leur qualité de vie recule.

En tant que députée, je ne peux pas me contenter de lire des tableaux statistiques. Mon devoir est d’écouter les citoyens.

Et ce que j’entends sur le terrain est préoccupant.

Des parents qui ne savent plus comment financer la scolarité de leurs enfants.

Des étudiants qui dénoncent les difficultés d’accès aux bourses et les retards de prise en charge.

Des établissements scolaires qui manquent encore d’équipements.

Des familles qui renoncent à certains soins faute de moyens.

Des populations de l’intérieur du pays qui peinent à accéder à une médecine de proximité.

Des jeunes diplômés qui ne trouvent pas d’emploi.

Des commerçants qui voient le pouvoir d’achat de leurs clients diminuer.

Cette réalité existe. Personne ne peut sérieusement la nier.

C’est pourquoi je refuse que nous tombions dans le piège de l’autosatisfaction.

Je ne conteste pas la méthodologie de l’Indice de développement humain. Je pose une question beaucoup plus fondamentale : les données utilisées reflètent-elles encore fidèlement la réalité actuelle du Gabon ?

Cette question est d’autant plus légitime que chacun sait que les indicateurs internationaux reposent souvent sur des données produites plusieurs mois, voire plusieurs années auparavant. Chacun sait également que notre pays a longtemps souffert d’un manque de données démographiques actualisées, en l’absence d’un recensement général récent.

Nous avons donc le devoir de nous interroger.

Les chiffres utilisés tiennent-ils pleinement compte des évolutions économiques et sociales les plus récentes ?

Mesurent-ils réellement les difficultés croissantes d’accès aux soins ?

Reflètent-ils les obstacles rencontrés par les familles pour accompagner la scolarité de leurs enfants ?

Prennent-ils suffisamment en considération l’érosion du pouvoir d’achat que les Gabonais dénoncent chaque jour ?

Ces questions ne sont pas une remise en cause des institutions internationales.

Elles sont une exigence de vérité.

Parce qu’un classement, aussi flatteur soit-il, ne nourrit pas une famille.

Un classement ne réduit pas le chômage.

Un classement ne remplace pas une bourse d’études.

Un classement ne construit pas un centre de santé.

Un classement ne redonne pas espoir à une jeunesse qui attend des perspectives.

Le développement humain ne doit jamais devenir un instrument de communication politique. Il doit rester un outil d’évaluation au service des populations.

J’appelle donc le Gouvernement, les services statistiques nationaux et les partenaires techniques et internationaux à faire preuve de la plus grande transparence sur les données ayant servi à l’élaboration de ce rapport : leur date, leur origine, leur niveau d’actualisation et leurs limites.

Les Gabonais méritent un débat fondé sur des faits.

Ils méritent des politiques publiques bâties sur une photographie fidèle de la réalité.

Ils méritent que l’on regarde le pays tel qu’il est, et non tel que nous aimerions qu’il soit.

Le véritable patriotisme ne consiste pas à célébrer des classements.

Il consiste à avoir le courage de regarder la réalité en face pour mieux la transformer.

C’est à cette condition que le développement humain cessera d’être un indicateur statistique pour devenir une réalité vécue par chaque Gabonaise et chaque Gabonais.

Honorable Justine Judith Lekogo

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