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Cemac – Michel Niama : « Notre défi majeur : développer plus de projets économiques communs »

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ENTRETIEN. Pour le 24e anniversaire de la Cemac, Michel Niama, commissaire en charge du marché commun, a fait le point sur la situation globale de l’organisation de coopération d’Afrique centrale. Interview réalisée par le Point Afrique.

La Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (Cemac) a vu le jour le 16 mars 1994. Depuis, elle organise chaque année une journée bilan qui permet de mieux la faire connaître, mais aussi d’informer sur son évolution. Interview de Michel Niama, commissaire en charge du marché commun de la Cemac.

Le Point Afrique : quelle est la réalité du marché commun de la Cemac aujourd’hui ?

Michel Niama : le marché commun de la Cemac est un espace commercial intégré dans lequel la libre circulation des marchandises est effective depuis 1999. Mais le volume des échanges commerciaux y est encore limité, du fait notamment de la faiblesse des infrastructures de communication et de l’interconnexion entre États membres. Le dernier sommet des chefs d’État de la Cemac, en octobre 2017, qui a consacré la libre circulation intégrale entre États membres, nous invite de facto à approfondir le processus de libre circulation. Cet élément concourt à l’intégration économique effective de notre marché.

Quelles sont les mesures prises pour renforcer les infrastructures de communication, notamment les routes ?

Des efforts ont été faits mais il faut les poursuivre et les conforter. Les connexions entre le Cameroun, la RCA, le Tchad et, dans une certaine mesure, entre le Cameroun et la Guinée équatoriale, ont été renforcées. Mais il faut également consolider l’axe Pointe-Noire-Brazzaville, Bangui et N’Djamena et l’axe Libreville-Dolisie, Brazzaville et Yaoundé, etc. L’amélioration de la connexion entre les principales agglomérations des États de la Cemac s’inscrit dans le cadre de notre Programme économique régional (PER), à travers divers projets intégrateurs. Nous recherchons des financements pour finaliser ces projets dont le coût de réalisation est souvent élevé, en raison des obstacles naturels (forêt et nombreux cours d’eau qui sillonnent notre région).

Le marché commun de la Cemac se limite-t-il à cette intégration physique ?

Bien évidemment non, même si le renforcement des infrastructures et des interconnexions est un préalable indispensable à l’augmentation des échanges commerciaux. Mais le défi majeur que la Cemac, celui que nous devons relever, n’est pas seulement de multiplier les échanges entre ses six États, mais aussi de développer plus de projets économiques communs, à l’image de ce qui s’est fait en Europe après la Seconde Guerre mondiale, avec la création de la Communauté économique du charbon et de l’acier (CECA), puis de la Communauté économique européenne (CEE), et de l’Union européenne (UE) plus tard. C’est un des modèles qui nous inspirent à plus d’un titre. Nous avons eu l’avantage d’avoir commencé très tôt notre intégration par une monnaie commune à nos six États. Mais c’est surtout sur le terrain de l’économie réelle que beaucoup reste à faire et à parfaire.

Pouvez-vous nous donner des exemples de projets susceptibles de fédérer les intérêts économiques des pays de la Cemac ?

À titre indicatif, sans être exhaustif, on peut citer le fer. Trois de nos pays ont des mines de fer qui jouxtent nos frontières nationales. Ainsi notre sous-région dispose d’importants gisements de fer dans le nord-ouest du Congo, précisément dans le district de Souanké (Avima-Nabemba), dans le sud du Cameroun (Mbalam) et dans le nord du Gabon (Belinga). Ces trois gisements additionnés, de l’avis des experts, représenteraient près de 20 % des réserves mondiales de fer prouvées, ce qui pourrait donner naissance à un district métallurgique ou sidérurgique. Nous ne pouvons pas être, de façon séculaire, des simples pays exportateurs de matières premières, à l’état brut.

Un tel projet demande beaucoup d’énergie…

Un tel district sidérurgique pourrait être alimenté par l’énergie du barrage hydroélectrique de Cholet, sur la rivière Dja-Ngoko, à la frontière entre le Cameroun et le Congo. Des pourparlers sont en cours entre les deux pays qui ont opté pour un partenariat public-privé. D’autres ressources naturelles, comme le bois, pourraient également faire l’objet de transformation locale, sur la base de réglementations communes. Dans le cadre d’une communauté élargie, il est tout à fait envisageable de développer un pôle énergétique d’Afrique centrale à partir du grand projet hydroélectrique d’Inga en RD Congo.

La RDC n’est pas un pays membre de la Cemac…

La Cemac est appelée à s’agrandir. De six États, elle doit migrer vers une communauté à onze pays, sinon plus, incluant la RDC et l’Angola, ce qui lui permettrait de passer d’un espace de 50 millions à 150 voire 250 millions d’habitants, à l’image de l’Union européenne, des États-Unis ou d’autres communautés économiques.

La RD Congo accepterait-elle de créer un pôle énergétique commun avec les pays de la Cemac ?

Plusieurs pays sont partie prenante des eaux du Bassin du Congo. L’eau qui coule dans le fleuve Congo et qui alimente le barrage d’Inga en RDC est la somme des eaux provenant de différentes rivières de ce bassin. Les hydrologues pourraient nous aider à chiffrer la contribution des différents États du Bassin du Congo, dont ceux de la Cemac, à cette grande source hydraulique et énergétique à vocation continentale. Bien sûr la RDC, au regard de la quantité d’eau qu’elle fournit à elle seule, fait figure de leader surtout que le site se trouve dans son territoire. Mais tous les pays qui contribuent à alimenter ce bassin gagneraient à se mettre ensemble, pour valoriser, au mieux, ce patrimoine commun en eau. Tous ces pays porteraient ainsi caution à la construction du « grand Inga » auprès des bailleurs de fonds, et cela permettrait d’amortir aussi le coût de réalisation de cette grande infrastructure, qu’un pays peinerait à supporter, même si elle peut avoir des retombées significatives sur le long terme. Sur ce plan, la Commission internationale du Bassin Congo-Oubangui-Sangha (CICOS) est en avance dans son approche de gestion concertée des ressources en eau. Elle reconnaît que des cours d’eau, qui font frontière entre les pays et sont utilisés à des fins de pêche et de navigation, sont considérés comme des espaces internationaux. Des bateaux peuvent donc y circuler sans être inquiétés.

Source : le Point Afrique

 

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