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Débat sur la peine de mort : ne tentons pas le diable

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La proposition visant à évoquer l’éventualité d’un retour de la peine de mort au Gabon, et même l’ouverture d’un débat sur cette question, apparaît comme un aveu de faiblesse de l’État, doublé d’une provocation inutile. Elle ne répond ni à la gravité des crimes de sang ni aux exigences d’un État de droit que nous affirmons vouloir consolider.

On ne peut pas, d’un côté, s’engager solennellement à préserver la vie humaine et, de l’autre, laisser prospérer l’idée d’une mesure radicale et irréversible. Le Gabon a aboli la peine de mort en 2010 et a ratifié des instruments juridiques majeurs, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ainsi que le Deuxième Protocole facultatif visant l’abolition définitive de la peine capitale. Le simple fait d’envisager un retour ou d’en débattre publiquement constitue déjà une régression morale, politique et juridique.

Introduire cette perspective dans un système judiciaire encore fragile, exposé aux erreurs, aux pressions et aux lenteurs, c’est accepter le risque de l’irréparable. Une erreur judiciaire conduisant à l’exécution d’un innocent serait une injustice définitive. Plus grave encore, l’histoire nous enseigne que la peine capitale peut devenir une arme politique. Dans une démocratie encore en construction, ce risque ne peut être ignoré.

Le véritable problème n’est pas l’absence de peine de mort, mais l’impunité. Des exécutants ont été arrêtés, certains ont avoué avoir agi sous la dictée de commanditaires, pourtant ces derniers ne sont presque jamais inquiétés. Tant que ceux qui ordonnent et financent ces crimes resteront intouchables, aucune peine extrême, même hypothétique, ne sera dissuasive. La réponse réside dans des enquêtes courageuses, menées jusqu’au bout, sans distinction de statut, et dans l’application de peines exceptionnellement lourdes, y compris la réclusion criminelle à perpétuité réelle.

Enfin, l’évocation même d’un possible retour de la peine de mort serait un choix économiquement et diplomatiquement suicidaire. Elle porterait atteinte à l’attractivité économique et touristique du Gabon, fragiliserait sa crédibilité internationale et donnerait l’image d’un pays en recul sur les droits humains, au moment même où il cherche à renforcer son rayonnement.

S’opposer à l’éventualité de la peine de mort, c’est refuser une solution émotionnelle et dangereuse, et exiger une justice forte, indépendante et efficace. Le Gabon ne doit pas tenter le diable. Il doit consolider son État de droit, non l’affaiblir.

Jo Dioumy Moubassango

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