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La Chine annonce la suppression des droits de douane pour 53 pays africains : réaction de l’Honorable Justine Judith Lekogo

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À la suite de la décision de la Chine de supprimer les droits de douane pour 53 pays africains à compter du 1er mai 2026, comment le Gabon doit-il se positionner ? Nous avons interrogé l’honorable Justine Judith Lekogo, économiste gabonais.

Courrier des Journalistes : Quelle est votre première réaction à l’annonce de la Chine ?

Justine Judith Lekogo :

Il s’agit d’une décision majeure qui modifie sensiblement l’environnement commercial entre l’Afrique et la Chine. Pour le Gabon, cette suppression des droits de douane constitue indéniablement une opportunité. Elle ouvre un accès plus compétitif au marché chinois, l’un des plus vastes au monde.

C’est un signal fort dans un contexte international marqué par des tensions commerciales croissantes.

Quels bénéfices immédiats le Gabon peut-il en tirer ?

Justine Judith Lekogo : 

À court terme, le Gabon peut espérer une augmentation de ses volumes d’exportation, notamment dans les secteurs du manganèse, du bois, du pétrole et de certaines productions agricoles.

Cette mesure peut également améliorer les recettes en devises, renforcer les relations économiques bilatérales et attirer davantage d’investissements dans les filières stratégiques nationales.

Mais ces bénéfices ne seront durables que si le pays les inscrit dans une stratégie cohérente.

Voyez-vous des risques derrière cette ouverture tarifaire ?

Justine Judith Lekogo :

Oui, et il serait imprudent de les ignorer. Le principal risque réside dans le renforcement d’un modèle économique fondé sur l’exportation de matières premières brutes.

Si cette suppression tarifaire encourage essentiellement l’exportation de produits non transformés, le Gabon pourrait se retrouver conforté dans une dépendance extractive qu’il cherche précisément à dépasser.

Le pays a engagé une vision stratégique claire : transformer localement ses ressources afin de créer davantage de valeur ajoutée, générer des emplois et consolider son industrialisation. Cette orientation ne doit pas être affaiblie.

 La Chine pourrait-elle, à terme, demander une réciprocité commerciale ?

Justine Judith Lekogo :

C’est une hypothèse plausible à moyen ou long terme. Dans toute relation commerciale, la question du rééquilibrage finit par se poser.

Cependant, le Gabon demeure souverain dans la définition de sa politique fiscale et douanière. Il n’existe aucune obligation automatique de concession. Toute évolution devra être négociée dans le respect des intérêts nationaux et de la stratégie d’industrialisation du pays.

 Quelle posture recommandez-vous pour le Gabon ?

Justine Judith Lekogo : Le Gabon doit adopter une posture équilibrée et stratégique.

Premièrement, il doit tirer pleinement parti de l’ouverture du marché chinois.

Deuxièmement, il doit orienter progressivement ses exportations vers des produits semi-transformés et transformés.

Troisièmement, il doit négocier des partenariats industriels permettant l’implantation d’unités de transformation sur le territoire national.

Enfin, il doit préserver une politique fiscale cohérente avec son ambition industrielle.

En conclusion, comment résumer l’enjeu pour le Gabon ?

Justine Judith Lekogo : Le Gabon se trouve à un tournant stratégique. Cette décision chinoise représente une opportunité réelle, mais elle ne doit pas détourner le pays de sa trajectoire de transformation économique.

Le Gabon a longtemps exporté des produits bruts. Il doit désormais exporter davantage de produits transformés afin d’accroître sa marge de manœuvre et de renforcer sa souveraineté économique.

L’enjeu n’est pas simplement d’exporter plus, mais d’exporter intelligemment, en inscrivant cette nouvelle dynamique commerciale dans une vision durable et maîtrisée du développement national.

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