Accueil ACTUALITES Jeunesse gabonaise : entre responsabilité de l’État et devoir parental

Jeunesse gabonaise : entre responsabilité de l’État et devoir parental

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Par l’honorable Justine Judith Lekogo

Hier encore, un drame est venu nous rappeler à quel point la situation de notre jeunesse devient préoccupante. Un jeune élève, en possession de drogue, s’est donné la mort au lycée d’État par peur d’aller en prison. Derrière ce geste tragique, il y a bien plus qu’un fait divers. Il y a le reflet d’un malaise profond qui traverse notre société.

En tant que députée élue de la Nation, mais aussi en tant que citoyenne et mère, je ne peux rester indifférente face à ce que nous voyons chaque jour dans nos quartiers, dans nos écoles et dans nos familles. Drogue, délinquance, perte de repères, déscolarisation : de plus en plus d’enfants semblent livrés à eux-mêmes.

Face à cette situation, beaucoup cherchent des responsables. Et souvent, le premier réflexe est de pointer du doigt l’État.

Je ne nie pas que l’État gabonais a une part de responsabilité. Nous devons avoir l’honnêteté de reconnaître certaines réalités : la mauvaise gouvernance, la corruption, les insuffisances dans les politiques sociales, ainsi que les crises répétées dans notre système éducatif. Pendant longtemps, le Gabon a été considéré comme un pays à revenu intermédiaire grâce à ses ressources pétrolières. Mais cette prospérité reposait largement sur le pétrole. Lorsque les prix du baril ont chuté, nous avons découvert une réalité plus fragile : une économie dépendante et des institutions sociales insuffisamment solides.

Cependant, si l’État a failli sur plusieurs aspects, je pense qu’il serait dangereux de croire que tout repose uniquement sur lui.

La première école d’un enfant, ce n’est pas l’État.

La première école d’un enfant, c’est la famille.

Beaucoup d’entre nous avons grandi dans des conditions difficiles. Nous venions de familles modestes, parfois très pauvres. Pourtant, nos parents ne nous ont pas abandonnés. Ils n’avaient pas forcément de grands moyens financiers, mais ils avaient un principe fondamental : l’éducation.

Nos parents nous ont transmis des valeurs essentielles : le respect, la discipline, la responsabilité. Ils nous ont appris à distinguer le bien du mal. À cette époque, malgré la pauvreté, les enfants n’étaient pas livrés à eux-mêmes dans la rue. La drogue n’était pas banalisée. Fumer ou sombrer dans la débauche était considéré comme une grave déviation. La famille, le voisinage, l’école et parfois l’éducation religieuse formaient un cadre protecteur.

Aujourd’hui, ce cadre s’est fragilisé.

Ce que nous observons de plus en plus, c’est un phénomène d’abandon parental. Des enfants grandissent sans encadrement, sans suivi scolaire, sans limites. Certains parents, découragés par les difficultés économiques, finissent par penser que tout dépend de l’État : l’éducation, la protection sociale, l’avenir de leurs enfants.

Je veux le dire avec responsabilité : la pauvreté ne peut pas être une excuse pour abandonner l’éducation.

Partout dans le monde, des familles modestes élèvent des enfants responsables. La vulnérabilité sociale existe dans tous les pays. Même les nations les plus riches revoient aujourd’hui leurs politiques sociales et demandent davantage de responsabilité individuelle.

Attendre uniquement l’État est une illusion dangereuse.

Les jeunes qui ont aujourd’hui 18, 19 ou 20 ans sont nés dans les années 2000. Ils sont les enfants d’une génération née dans les années 1970 et 1980. Une génération qui, pour beaucoup, a pourtant reçu une éducation structurée et connaissait l’importance de la discipline et de l’encadrement familial.

Alors je me pose une question simple : qu’avons-nous fait de cet héritage ?

Si nous voulons sauver notre jeunesse, nous devons retrouver ce sens de la responsabilité collective.

Oui, l’État doit améliorer la gouvernance.

Oui, l’État doit renforcer l’école.

Oui, l’État doit soutenir les familles vulnérables et lutter contre les réseaux de drogue qui détruisent nos quartiers.

Mais les parents doivent aussi reprendre leur place.

Être pauvre ne signifie pas être absent.

Être en difficulté ne signifie pas abandonner son rôle de parent.

Éduquer un enfant ne dépend pas seulement de l’argent. Cela dépend du temps qu’on lui consacre, des limites qu’on lui impose et des valeurs qu’on lui transmet.

Si nous voulons un avenir meilleur pour le Gabon, cela commence dans nos maisons. Dans la manière dont nous élevons nos enfants. Dans la responsabilité que chaque parent accepte d’assumer.

Parce que lorsqu’un enfant est abandonné, ce n’est pas seulement l’État qui échoue.

C’est toute la société qui perd une génération.

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