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FEGAFOOT : l’intégrité de la commission électorale en question

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Tribune de Blanchard Paterne ANDOUME

Il est des situations où le silence devient complicité. Celle que traverse aujourd’hui le football gabonais en est une. À quelques semaines du Congrès électif du 20 avril 2026, une question juridique fondamentale s’impose à tous ceux qui ont à cœur l’intégrité de nos institutions sportives : la Commission Électorale actuellement en place est-elle légalement constituée ? La réponse est non. Et cette réponse emporte des conséquences que nul ne peut plus ignorer.

I. Les statuts ne sont pas une option

La FEGAFOOT est une association régie par ses statuts. Ces statuts ne sont pas de simples déclarations d’intention. Ils constituent la loi organique de notre fédération, à laquelle tous les organes — Bureau Exécutif, Congrès, commissions — sont rigoureusement soumis. Aucun d’entre eux ne se trouve au-dessus. Aucun n’a le pouvoir de s’en affranchir au motif de l’opportunité ou de la convenance politique du moment.

Or c’est précisément ce qui vient de se produire. Les statuts de la FEGAFOOT — depuis la version de 2013, reprise et précisée dans les statuts actuels — prévoient expressément que la Commission Électorale est élue. Pas nommée. Pas désignée. Élue, selon une procédure définie, avec tout ce que ce mot implique : ouverture des candidatures, expression du vote, légitimité conférée par les membres. Cette procédure n’a jamais été respectée. Pas une seule fois. Et les statuts actuels, qui non seulement la maintiennent mais en précisent chaque modalité, ont été délibérément piétinés.

 

II. Une désignation déguisée en validation

Appelons les choses par leur nom : ce que l’on nous a présenté n’est pas une élection. C’est une nomination. Le Bureau Exécutif a composé lui-même la Commission Électorale, puis l’a soumise au Congrès comme un fait accompli, dans la forme d’une présentation dont on attendait la simple validation. Ce procédé, aussi habile qu’il puisse paraître, ne résiste pas une seconde à l’analyse juridique.

Car la souveraineté du Congrès — cette formule commode que l’on agite dès que l’on veut couvrir l’inconvénient d’une règle gênante — n’est pas absolue. Elle s’exerce dans le cadre des statuts, non contre eux. Le Congrès ne peut intervenir que là où les statuts sont muets, là où existe un vide juridique que sa résolution vient combler. Mais lorsque les statuts ont expressément prévu une procédure — et ils l’ont fait, noir sur blanc —, le Congrès n’a pas le pouvoir de l’effacer par une résolution de circonstance. Prétendre le contraire, c’est transformer la souveraineté du Congrès en arme de destruction des statuts qu’il est précisément censé défendre. C’est un détournement de procédure caractérisé.

III. Le mobile ne trompe personne

On peut toujours tenter d’arguer de l’erreur ou de la méconnaissance des textes. Mais la mécanique de cette irrégularité est trop précise, trop constante, trop intéressée pour relever de la négligence.

Une Commission Électorale élue par les membres est, par nature, indépendante de l’exécutif sortant. Elle peut valider des candidatures que le Bureau Exécutif n’aurait pas souhaitées. Elle peut organiser un scrutin dont l’issue lui échappe totalement. Elle constitue un contre-pouvoir réel, que l’on ne peut ni orienter ni contrôler.

Une Commission désignée par ce même Bureau Exécutif n’offre aucune de ces garanties. Elle est, dès son origine, l’émanation de ceux qui l’ont installée. Et c’est précisément pour cela que la procédure élective a été écartée : non par inadvertance, mais pour verrouiller le processus, filtrer les candidatures indésirables, et s’assurer que l’élection à venir produise le résultat escompté. C’est une fraude aux statuts. Il faut avoir le courage de le dire.

IV. Une nullité qui contamine tout

Les conséquences juridiques sont implacables. Une Commission Électorale irrégulièrement constituée est une Commission sans titre. Elle n’a aucune légitimité pour exercer les prérogatives que les statuts confèrent à cet organe. Chacune de ses décisions — convocations, examen des dossiers de candidature, organisation et validation du scrutin — est frappée d’une nullité originelle, celle qui découle directement de l’illégalité de sa constitution.

Ce n’est pas un vice formel que l’on corrige par un avenant ou une résolution supplémentaire. C’est un vice fondateur, qui contamine chaque acte accompli par cette commission, du premier au dernier. Toute élection organisée sous son autorité serait juridiquement fragile, exposée à une contestation immédiate et fondée devant toutes les instances compétentes — nationales comme internationales.

 

V. La porte ouverte à tous les excès

L’enjeu dépasse largement la seule Commission Électorale. Si l’on admet aujourd’hui qu’un Bureau Exécutif peut impunément contourner une procédure statutaire explicite en se couvrant d’une résolution de congrès, alors on acte que les statuts de la FEGAFOOT ne sont que des recommandations, modulables au gré des intérêts de ceux qui sont au pouvoir. Demain, ce sera une condition d’éligibilité que l’on écarte. Après-demain, la durée d’un mandat que l’on prolonge. Et ainsi de suite, jusqu’à ce que la fédération ne soit plus qu’un instrument au service d’une coterie.

Les statuts ne sont pas là pour décorer. Ils sont la seule garantie que le pouvoir ne se confisque pas. Les fouler aux pieds en invoquant la souveraineté d’un congrès que l’on contrôle, c’est précisément ce que les statuts ont été écrits pour empêcher.

 

VI. Ce que commande la situation

La situation appelle des mesures fermes et sans ambiguïté.

La Commission Électorale doit être dissoute sans délai. Le processus électoral doit être suspendu immédiatement. On ne bâtit pas une élection légitime sur des fondations viciées.

Le mandat du Bureau Exécutif actuel ne peut s’exercer au-delà de la limite de quatre ans que les statuts lui assignent. Cette limite n’est pas une formalité administrative — c’est la traduction concrète du principe selon lequel le pouvoir se renouvelle, se contrôle et ne se perpétue pas. Ce mandat doit s’arrêter.

Un Comité de Normalisation doit être mis en place. C’est la voie institutionnelle consacrée pour ce type de situation. Il reprendra le processus depuis le début, dans le respect strict des statuts, élira une Commission Électorale selon la procédure prévue, et organisera une élection dont la légitimité sera inattaquable. C’est à ce prix que l’on restaure la confiance, que l’on garantit l’équité entre tous les candidats, et que l’on pose enfin les bases d’une gouvernance digne de ce nom.

Le football gabonais mérite mieux que des élections organisées par ceux-là mêmes qui en sont les candidats. Il mérite des règles appliquées sans compromis, une compétition ouverte à tous dans des conditions véritablement égales, et des dirigeants dont la légitimité est incontestable parce qu’elle repose sur une procédure irréprochable. Ce n’est pas une exigence excessive. C’est le minimum que l’on doit à ce sport, à ses acteurs, et à l’avenir du football gabonais..

Blanchard Paterne ANDOUME — Essayiste, dirigeant de football

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