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Blanchard Paterne Andoume : « La FIFA peut suspendre le processus électoral » à la Fégafoot

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Blanchard Paterne Andoume, Dirigeant de football et Observateur de la gouvernance sportive répond à nos questions, en lien avec le processus électoral en cours à la fédération gabonaise de football.

CDJ : Monsieur Andoume, vous affirmez que le processus électoral de la FEGAFOOT est compromis. Pourquoi ?

Blanchard Paterne Andoume : La commission électorale actuellement en place est irrégulièrement constituée. Les statuts de la FEGAFOOT exigent qu’elle soit élue par le Congrès, et non désignée par le bureau fédéral. En contournant cette règle, on viole la norme suprême de la fédération. Lorsqu’un organe chargé de garantir la transparence du scrutin est lui-même illégal, c’est tout le processus électoral qui devient fragile.

CDJ : La FEGAFOOT affirme que le Congrès est souverain et peut valider les membres présentés lors du congrès ordinaire. Que répondez-vous ?

Blanchard Paterne Andoume : Le Congrès est souverain, mais sa souveraineté est encadrée par les statuts. Il ne peut pas s’en affranchir. La souveraineté ne permet pas de violer une règle statutaire. Pour contourner une disposition, il faut réviser les statuts. La règle selon laquelle la commission électorale doit être élue existait déjà dans les statuts de 2013 et elle a été renforcée dans ceux de 2025. Dire que le Congrès peut valider une commission désignée est donc juridiquement faux. La souveraineté ne peut jamais servir à contourner la Constitution interne de la fédération.

CDJ : Avez-vous un exemple concret montrant que cette commission n’est pas indépendante ?

Blanchard Paterne Andoume : Oui. Le Dr Axel Edou, candidat déclaré, a saisi la commission électorale pour une série de préoccupations légitimes. Comme on pouvait s’y attendre, la commission a botté en touche, sans répondre sur le fond. Elle agit comme la Tour de Pise : elle penche clairement d’un côté. Cela démontre qu’elle n’est ni neutre ni indépendante et qu’elle ne peut pas garantir un processus électoral crédible.

CDJ : Dans ces conditions, faut-il introduire des recours internes ?

Blanchard Paterne Andoume : Non, ce serait une perte de temps. Introduire des recours auprès du bureau fédéral, de la commission électorale elle-même ou même de la commission d’éthique ne servira à rien, car ces organes sont liés à ceux qui ont créé l’irrégularité. On ne peut pas demander à un système de s’auto-corriger lorsqu’il est lui-même la source du problème. Il est de la responsabilité des candidats déclarés et des membres du Congrès de saisir la FIFA. Ils sont les garants de la légalité du processus. S’ils laissent passer une irrégularité aussi grave, ils deviennent complices malgré eux. Au regard de la gravité de la situation, il faut aller directement à la FIFA.

CDJ : Que disent les standards internationaux, notamment ceux de la FIFA ?

Blanchard Paterne Andoume : La FIFA exige le respect strict des statuts et l’indépendance des organes électoraux. Dès qu’un organe est constitué en violation des statuts, la FIFA considère que l’intégrité du processus électoral est menacée et elle intervient pour restaurer la légalité.

CDJ : Que recommandez-vous dans ce contexte ?

Blanchard Paterne Andoume : Je recommande une saisine immédiate de la FIFA. Les organes internes de la FEGAFOOT sont directement concernés par l’irrégularité et ne peuvent pas être juges et parties. La FIFA peut suspendre le processus électoral, exiger la reconstitution régulière de la commission, envoyer une mission FIFA–CAF ou, en cas de blocage, mettre en place un comité de normalisation. C’est la seule voie pour restaurer la confiance et la conformité.

CDJ : À qui doit être adressée cette saisine ?

Blanchard Paterne Andoume : Le courrier doit être adressé au Département des Associations Membres de la FIFA, à l’attention de Monsieur Kenny Jean-Marie, Directeur de la Division Associations Membres, FIFA, Zurich, Suisse. C’est l’organe compétent pour traiter les crises électorales et les violations statutaires.

CDJ : Un dernier mot ?

Blanchard Paterne Andoume : Le football gabonais mérite un processus électoral transparent, crédible et conforme aux règles. La souveraineté du Congrès ne peut jamais être utilisée pour contourner les statuts. Et lorsqu’une violation aussi grave survient, il est de notre responsabilité, candidats, membres du Congrès et dirigeants, de saisir la FIFA pour protéger l’intégrité du jeu et la légitimité de nos institutions.

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