Accueil ACTUALITES Justine Judith Lekogo : « Le Gabon ne doit pas seulement changer de...

Justine Judith Lekogo : « Le Gabon ne doit pas seulement changer de dirigeants, il doit changer ses pratiques politiques »

PARTAGER

Pour ce numéro du Grand Entretien politique, nous avons invité l’Honorable Justine Judith Vice-présidente de la Commission de Finances à l’Assemblée Nationale Nous abordons avec elle plusieurs sujets dont, le discours d’Ali Bongo Ondimba, la crise au sein du Parti démocratique gabonais, la  recomposition politique, et les  relations entre le PDG et l’Union démocratique des bâtisseurs, ainsi que les enjeux de consolidation de la démocratie gabonaise.

CDJ : Honorable bonjour. L’ancien président de la République, Ali Bongo Ondimba, vient de sortir de son silence en s’adressant aux militants du Parti démocratique gabonais. Quelle est votre première réaction après cette allocution ?

HONORABLE JUSTINE JUDITH LEKOGO :Bonjour, et merci de me donner l’occasion de m’exprimer sur cette question importante de notre vie politique nationale. Je voudrais d’abord préciser que mon appréciation se situe sur le terrain de l’analyse politique. Il ne s’agit ni de défendre une personnalité ni de prendre position dans les affaires internes du Parti démocratique gabonais.J’ai écouté cette allocution avec beaucoup d’attention et, à mon sens, ce discours mérite d’être analysé bien au-delà de son contenu apparent. Il ne s’agit pas simplement d’un ancien président de la République qui souhaite retrouver la direction de son parti. Il s’agit d’une prise de parole qui intervient dans un contexte de recomposition profonde de notre paysage politique, trois ans après les événements du 30 août 2023.J’y distingue trois dimensions essentielles.La première est une revendication de légitimité au sein du PDG.La deuxième est une tentative de remobilisation d’une famille politique aujourd’hui divisée.La troisième, et probablement la plus importante, est un message adressé indirectement à nous, acteurs du pouvoir actuel.Ce discours nous invite donc à réfléchir non seulement à l’avenir du PDG, mais également à la nature des transformations politiques engagées dans notre pays.

CDJ :Vous dites qu’Ali Bongo s’adresse indirectement à vous qui êtes au pouvoir. Pensez-vous que son véritable destinataire soit le président Brice Clotaire Oligui Nguema ?

HONORABLE JUSTINE JUDITH LEKOGO :Je crois qu’en politique, il faut savoir distinguer le destinataire officiel d’un discours de ses destinataires politiques. Officiellement, Ali Bongo Ondimba s’adresse aux militants du PDG. Mais lorsqu’il évoque des tentatives de récupération du parti, des influences extérieures et des rapports de force qui dépasseraient ses instances, il est difficile de ne pas y voir un message adressé à l’environnement politique actuel.Maintenant, il faut être rigoureux. Ce sont des affirmations et des accusations formulées par l’ancien président. Elles ne peuvent pas être considérées comme des faits établis sans éléments vérifiables. En revanche, sur le plan stratégique, son message est compréhensible : il veut affirmer que le PDG doit conserver son autonomie et que sa situation interne ne saurait dépendre de décisions prises en dehors de ses structures.C’est un principe que je considère important pour tous les partis politiques, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition.

Le pluralisme démocratique suppose que chaque formation puisse définir librement sa ligne politique, choisir ses dirigeants et régler ses différends conformément à ses statuts et aux lois de la République.

CDJ : Ali Bongo affirme qu’il demeure le président légitime du PDG et conteste les décisions prises depuis le 7 mars 2024. Que pensez-vous de cette revendication ?

HONORABLE JUSTINE JUDITH LEKOGO :Il faut distinguer la légitimité historique, la légitimité politique et la légitimité juridique. Ali Bongo Ondimba possède incontestablement une place dans l’histoire du PDG. Il a dirigé ce parti et occupé les plus hautes fonctions de l’État.Mais la légitimité historique ne remplace pas automatiquement la légitimité statutaire. Aujourd’hui, Blaise Louembé dirige une partie importante des structures du PDG, tandis que d’autres responsables contestent les conditions dans lesquelles cette direction a été constituée.La question ne peut donc pas être tranchée uniquement par des déclarations publiques. Il faut examiner les textes, les mandats, les conditions de convocation des instances, les procès-verbaux et, éventuellement, les décisions des juridictions compétentes.Je crois que la meilleure solution serait une clarification juridique suivie, si les conditions le permettent, d’un processus politique véritablement inclusif. Ce que nous devons éviter, c’est que les divergences d’interprétation des statuts se transforment en affrontements personnels interminables.

CDJ : Mais Ali Bongo affirme qu’il n’a jamais renoncé volontairement à la politique et qu’il aurait fait certaines déclarations sous la contrainte. Est-ce un argument politiquement convaincant ?

HONORABLE JUSTINE JUDITH LEKOGO :C’est un élément important de son argumentation, mais il appelle une analyse prudente. Lorsqu’une personnalité affirme avoir pris une décision sous la contrainte, cela mérite naturellement d’être entendu et, le cas échéant, examiné.Toutefois, une déclaration politique ne suffit pas à établir juridiquement les circonstances exactes dans lesquelles une décision a été prise. Il appartient aux instances compétentes d’apprécier les faits et leurs éventuelles conséquences juridiques. Sur le plan politique, cette explication lui permet surtout de justifier son silence passé et de réaffirmer sa volonté de participer à la vie politique. Mais je voudrais ajouter une chose : le retour d’une personnalité sur la scène politique doit aussi s’accompagner d’une réflexion sur son bilan, sur sa vision de l’avenir et sur ce qu’elle entend proposer aux citoyens.Car au-delà des personnes, ce sont les projets politiques qui doivent nous intéresser. On ne mange pas les discours.

CDJ : L’ancien président dénonce ce qu’il présente comme une tentative de capture du PDG par des forces extérieures. Certains observateurs y voient une accusation dirigée contre le pouvoir. Partagez-vous cette lecture ?

HONORABLE JUSTINE JUDITH LEKOGO :Je comprends cette interprétation, puisque plusieurs passages du discours semblent effectivement viser des acteurs situés en dehors du PDG.Mais je voudrais être très claire : une analyse politique sérieuse ne doit jamais transformer une suspicion en accusation définitive.Si des personnes disposent de preuves d’ingérences, de financements irréguliers ou de pressions destinées à modifier le fonctionnement d’un parti politique, ces éléments doivent être établis et examinés dans le cadre légal. En revanche, indépendamment de cette controverse, nous pouvons défendre un principe simple : aucun parti politique ne devrait être instrumentalisé par un autre. Un parti peut choisir librement de soutenir le gouvernement, de rejoindre une coalition ou de se situer dans l’opposition. Mais cela doit résulter d’un choix politique assumé par ses instances et ses militants. La stabilité démocratique ne consiste pas à contrôler toutes les formations politiques. Elle consiste à permettre à chacune d’exister dans le respect des règles communes.

CDJ : Vous êtes une femme politique qui a connu l’opposition avant les changements intervenus au Gabon. Comment analysez-vous la présence de nombreux anciens responsables du PDG au sein de l’Union démocratique des bâtisseurs ?

ONORABLE JUSTINE JUDITH LEKOGO :C’est une question importante, et je voudrais y répondre sans procès d’intention. Notre pays a connu une longue période de domination politique du PDG. Il est donc naturel qu’une partie importante de ses cadres, de ses responsables et de ses militants se retrouve aujourd’hui dans différentes formations politiques. L’appartenance passée à un parti ne doit pas devenir un motif d’exclusion. Un acteur politique peut évoluer, revoir ses convictions, rejoindre un nouveau projet et y contribuer sincèrement. Mais il existe une question fondamentale : lorsqu’on change de parti, change-t-on également de pratiques politiques ?C’est là que se situe, à mon sens, le véritable débat. Si l’on quitte une ancienne organisation pour reproduire ailleurs les mêmes rivalités, les mêmes stratégies d’exclusion, les mêmes luttes de positionnement et les mêmes mécanismes de personnalisation du pouvoir, alors le changement risque de demeurer superficiel. Je ne dis pas que tous les anciens militants du PDG se comportent ainsi. Ce serait injuste. Je dis simplement que les nouveaux partis doivent veiller à ce que leur développement s’accompagne d’une transformation des méthodes.

Nous avons besoin de l’expérience des anciens, mais également de nouvelles idées, de nouvelles générations et d’une autre manière d’exercer les responsabilités.

CDJ : Certains estiment que les anciens PDGistes occupent progressivement une place prépondérante au sein de l’UDB, au détriment de militants venus de l’opposition ou de la société civile. Est-ce également votre sentiment ?

HONORABLE JUSTINE JUDITH LEKOGO :Je pense qu’il faut aborder cette question avec responsabilité. La composition d’un parti et la répartition de ses responsabilités doivent pouvoir être appréciées à partir de critères objectifs. Il serait utile, par exemple, d’examiner les parcours des responsables, les conditions de leur désignation, les mécanismes d’investiture et la place accordée aux différentes sensibilités. Ce qui me paraît essentiel, c’est qu’une organisation politique nouvelle ne doit pas reproduire une hiérarchie implicite dans laquelle certains militants seraient considérés comme naturellement destinés à diriger en raison de leurs anciens réseaux, tandis que d’autres resteraient durablement à la périphérie. L’expérience politique est une richesse, mais elle ne doit pas devenir un monopole. La compétence, le travail, l’intégrité, la capacité de rassemblement et l’adhésion au projet collectif doivent rester déterminants. Je le répète : la question n’est pas de savoir qui vient du PDG, de l’ancienne opposition ou de la société civile. La question est de savoir comment construire un parti dans lequel chacun peut trouver sa place sur la base de règles équitables.

CDJ: N’y a-t-il pas un risque pour le président Oligui Nguema si les rivalités héritées des anciens partis se retrouvent dans sa propre formation ?

HONORABLE JUSTINE JUDITH LEKOGO : Bien évidemment, c’est un risque qui existe dans toute organisation issue d’une large recomposition politique. Un nouveau parti peut gagner rapidement en influence en accueillant des responsables expérimentés, des élus et des réseaux politiques déjà constitués.Mais cette ouverture doit être accompagnée d’un véritable travail d’intégration et d’organisation. Sinon, chaque groupe peut être tenté de conserver ses anciennes solidarités, ses ambitions particulières et ses méthodes de fonctionnement. Un parti devient alors une addition de réseaux plutôt qu’une organisation unie autour d’une vision. C’est pourquoi je considère que la solidité politique ne se mesure pas seulement au nombre d’adhérents ou d’élus. Elle se mesure aussi à la qualité des règles internes, à la transparence des décisions, à la gestion des désaccords et à la confiance entre les militants.Pour une formation qui porte l’ambition de bâtir un Gabon nouveau, ce défi est particulièrement important. Le président fondateur de l’UDB a lui-même mis en avant, lors de la création du parti, la consultation de la base et l’importance de mécanismes démocratiques internes. Ces orientations doivent naturellement pouvoir se traduire dans la pratique.

CDJ : Selon vous, le président de la République devrait-il rester à l’écart des conflits qui traversent actuellement le PDG ?

HONORABLE JUSTINE JUDITH LEKOGO : Je voudrais distinguer deux choses.Le président de la République a la responsabilité de préserver la paix, l’unité nationale et le bon fonctionnement des institutions. À ce titre, il est normal qu’il soit attentif aux évolutions de la vie politique nationale.En revanche, cette responsabilité ne doit pas être confondue avec une intervention dans la désignation des dirigeants d’un parti concurrent. À mon sens, chaque formation doit pouvoir assumer ses choix et ses contradictions. L’UDB a son projet, ses militants, ses structures et ses ambitions.Le PDG possède également son histoire, ses statuts et ses sensibilités. Les autres partis politiques ont les mêmes droits. Je crois que la meilleure garantie pour le pouvoir en place est de favoriser un environnement démocratique dans lequel chacun assume clairement sa position. La force d’un pouvoir se démontre aussi par sa capacité à accepter l’existence d’une opposition libre, organisée et responsable.

CDJ ; Pourtant, Ali Bongo affirme que le PDG doit désormais se situer dans l’opposition. Partagez-vous cette analyse ?

HONORABLE JUSTINE JUDITH LEKOGO :Je pense que c’est un débat qui appartient d’abord aux militants du PDG et à leurs instances régulièrement constituées. Il existe cependant une question de cohérence politique.Lorsqu’un parti a exercé le pouvoir pendant plusieurs décennies et qu’il le perd il doit nécessairement redéfinir son positionnement. Il peut choisir l’opposition, une coopération sur certains dossiers ou une autre orientation clairement assumée.Mais il faut éviter l’ambiguïté permanente.On ne peut pas, d’un côté, revendiquer une identité politique autonome et, de l’autre, entretenir une confusion durable sur sa place par rapport au pouvoir. La démocratie a besoin d’une majorité capable de gouverner et d’une opposition capable de contrôler, de critiquer et de proposer.Et je voudrais insister sur un point : être dans l’opposition ne signifie pas s’opposer systématiquement à tout. Une opposition crédible doit reconnaître les bonnes décisions, dénoncer les insuffisances et proposer des alternatives.C’est cette culture politique qui mérite d’être encouragée.

CDJ : Ali Bongo évoque également l’héritage d’Omar Bongo Ondimba. Est-ce que cet argument historique peut encore mobiliser les militants aujourd’hui ?

HONORABLE JUSTINE JUDITH LEKOGO :L’histoire politique constitue naturellement une dimension importante de l’identité d’un parti. Omar Bongo Ondimba a occupé une place centrale dans l’histoire politique du Gabon et du PDG. Il est donc compréhensible que des militants demeurent attachés à cette mémoire.Cependant, un héritage politique ne doit pas être seulement commémoratif.Il doit pouvoir faire l’objet d’un examen critique, d’une transmission et d’une adaptation aux réalités nouvelles. Les préoccupations des Gabonais d’aujourd’hui ne sont pas exactement celles des décennies précédentes. La jeunesse attend des perspectives d’emploi. Les familles attendent des services publics efficaces. Les entrepreneurs attendent des conditions favorables à leurs activités. Les citoyens attendent davantage de transparence et de résultats. Un parti qui veut préparer l’avenir ne peut donc pas se contenter de rappeler son histoire.Il doit démontrer ce qu’il peut apporter au présent. Cette exigence vaut pour le PDG, mais également pour toutes les formations politiques.

CDJ : Peut-on dire que la sortie d’Ali Bongo risque de provoquer une nouvelle crise politique au Gabon ?

HONORABLE JUSTINE JUDITH LEKOGO :Je pense qu’il faut éviter de confondre crise partisane et crise institutionnelle.Un désaccord au sein d’un parti, même important, ne constitue pas automatiquement une crise de l’État. Ce qui peut devenir préoccupant, en revanche, c’est lorsque les tensions partisanes débordent dans les institutions, alimentent des accusations non vérifiées ou provoquent des comportements contraires à la loi. La liberté de parole, la contestation politique et la compétition pour la direction d’un parti font partie de la vie démocratique. Ce qui importe, c’est que les différends soient réglés par le dialogue, les procédures statutaires et les voies de droit. Notre pays a besoin de stabilité, mais la stabilité ne doit pas être confondue avec le silence politique. Une démocratie vivante est une démocratie dans laquelle les divergences peuvent s’exprimer sans menacer la paix nationale.

CDJ : Vous avez évoqué la nécessité de renouveler les pratiques. Estimez-vous que le changement intervenu le 30 août 2023 a suffisamment transformé notre système politique ?

HONORABLE JUSTINE JUDITH LEKOGO :Le 30 août 2023 a incontestablement constitué un tournant majeur dans l’histoire politique de notre pays. Il a ouvert une nouvelle séquence institutionnelle, qui s’est poursuivie avec la Transition, l’adoption d’une nouvelle Constitution et la mise en place des institutions de la Ve République.Mais il faut distinguer le changement des institutions du changement des comportements. On peut adopter de nouveaux textes sans transformer immédiatement les habitudes politiques. On peut créer de nouveaux partis sans faire disparaître les anciennes rivalités. On peut renouveler les responsables sans modifier les méthodes de décision. C’est pourquoi je considère que la transformation politique doit être appréciée dans la durée.Il faut regarder comment les responsables rendent compte de leurs actes, comment les partis désignent leurs dirigeants, comment les institutions contrôlent l’action publique et comment les citoyens participent aux décisions.Pour moi, le véritable enjeu est là. Le 30 août ne doit pas seulement être une date historique. Il doit également constituer une exigence permanente de gouvernance et de responsabilité.

CDJ : L’UDB prépare son premier congrès ordinaire. À votre avis, quel devrait être l’enjeu principal de ce rendez-vous ?

HONORABLE JUSTINE JUDITH LEKOGO :Un congrès ne doit pas être uniquement un moment de célébration ou de confirmation des responsables. C’est normalement un espace de réflexion, d’évaluation, d’orientation et de décision.Pour un parti récent comme le nôtre, c’est l’occasion de consolider son identité politique. Il faut que les militants puissent comprendre précisément quelle est sa doctrine, quelles sont ses priorités, quelles règles gouvernent son fonctionnement et comment les responsabilités sont attribuées. Il est également important de réfléchir à l’articulation entre les différentes générations, les différents parcours politiques et les nouvelles compétences.Un parti qui rassemble largement doit aussi savoir organiser sa diversité. Et surtout, il doit éviter de construire son unité uniquement autour d’une personnalité. Les personnalités jouent naturellement un rôle important en politique, mais les institutions partisanes doivent leur survivre. C’est cette capacité à fonctionner selon des règles partagées qui démontre la maturité d’une organisation.JOURNALISTE — Une question plus personnelle, Honorable. Votre analyse peut être interprétée par certains comme une forme de soutien à Ali Bongo Ondimba, voire au PDG. Que leur répondez-vous ?HONORABLE JUSTINE JUDITH LEKOGO :Je crois qu’il faut sortir de cette manière de concevoir le débat politique.Analyser un discours ne signifie pas adhérer à son auteur. Reconnaître qu’une personnalité soulève une question pertinente ne signifie pas partager son bilan ou ses ambitions. De la même manière, formuler une observation sur le fonctionnement d’une formation politique ne signifie pas être hostile à cette formation. J’ai mon parcours, mes convictions et mon engagement politique. Je ne les renie pas.Mais lorsque je suis appelée à analyser une situation nationale, je considère qu’il est de mon devoir de prendre suffisamment de recul pour examiner les faits, les contradictions et les conséquences possibles.Je ne suis pas ici pour défendre l’UDB ou le PDG, et je ne suis pas davantage ici pour condamner l’UDB ou PDG.Je suis ici pour parler de la manière dont nous construisons notre vie démocratique. Nous devons apprendre à débattre des idées sans systématiquement enfermer celui qui parle dans un camp.C’est aussi cela, la maturité politique.JOURNALISTE — Si vous aviez un conseil à adresser au président de la République, au regard de cette nouvelle situation politique, que lui diriez-vous ?HONORABLE JUSTINE JUDITH LEKOGO :Je me garderais de transformer une analyse de presse en conseil personnel au chef de l’État. Mais sur le plan institutionnel, je défendrais un principe fondamental. Un président de la République est d’abord le garant des institutions et de l’unité nationale. Son autorité doit pouvoir s’exercer dans le respect du pluralisme, des libertés politiques et de l’autonomie des formations partisanes.La consolidation de l’UDB relève de ses dirigeants et de ses militants. La résolution de la crise du PDG relève d’abord de ses membres, de ses statuts et, si nécessaire, des juridictions compétentes.Je considère que cette distinction est essentielle.Le pouvoir gagne en crédibilité lorsqu’il permet à ses concurrents d’exister librement et lorsqu’il démontre que ses résultats reposent sur sa propre vision, son organisation et son action. Un parti politiquement solide n’a pas besoin de la faiblesse de tous les autres pour exister.

CDJ : Enfin, quel message souhaitez-vous adresser aux Gabonais après ce discours d’Ali Bongo Ondimba ?

HONORABLE JUSTINE JUDITH LEKOGO : Je voudrais simplement rappeler que notre démocratie doit être plus forte que nos appartenances partisanes. Les partis politiques sont indispensables à la vie démocratique, mais ils ne constituent pas une fin en soi.Ils sont des instruments au service des aspirations des citoyens. Nous pouvons avoir des parcours différents, des convictions différentes et des appréciations divergentes sur notre histoire politique. Mais nous devons pouvoir nous retrouver autour de quelques principes essentiels : le respect de la loi, la liberté d’expression, la transparence, la responsabilité et la primauté de l’intérêt général. Le discours d’Ali Bongo doit donc être analysé avec sérieux, sans passion excessive et sans complaisance. Il pose des questions sur la légitimité, l’autonomie des partis, les rapports entre majorité et opposition et la nécessité de renouveler nos pratiques. Ces questions méritent des réponses institutionnelles et politiques, pas des affrontements personnels.Et je terminerai par cette conviction :Le Gabon ne progressera pas durablement si nous nous contentons de changer les noms des dirigeants, les couleurs des partis et les alliances politiques, tout en conservant les mêmes pratiques et les mêmes mentalités.Le véritable changement doit se mesurer à la qualité de notre gouvernance, à la solidité de nos institutions et aux résultats obtenus pour les populations. C’est sur ce terrain que toutes les forces politiques devraient désormais être attendues.Je vous remercie.

LAISSER UN COMMENTAIRE