« Il y a des débats qui, lorsqu’on les observe, suscitent une véritable interrogation sur notre compréhension des mécanismes économiques et financiers.
À entendre certains commentaires sur un éventuel programme avec le Fonds monétaire international (FMI), on pourrait presque croire qu’il s’agit d’une distinction honorifique, d’un label de bonne gouvernance ou d’une consécration de la bonne santé économique d’un pays.
Il est peut-être nécessaire de rappeler quelques fondamentaux.
Un pays ne sollicite pas un programme avec le FMI parce que son économie se porte bien. Il le fait généralement parce qu’elle traverse des difficultés qui nécessitent un accompagnement, des ajustements et, dans certains cas, un soutien financier.
C’est une réalité économique, pas une appréciation politique.
Lorsqu’un État accumule des déficits budgétaires, que sa dette devient difficile à soutenir, que ses ressources ne suffisent plus à couvrir ses engagements ou que ses équilibres extérieurs se dégradent, il peut être amené à solliciter l’appui du Fonds pour rétablir la stabilité macroéconomique.
Autrement dit, le programme est un instrument de redressement, pas une fin en soi.
Et c’est précisément là que commence le véritable travail.
Un programme avec le FMI implique généralement des engagements en matière de discipline budgétaire, de mobilisation des recettes, de maîtrise des dépenses publiques, de gestion de la dette et de réformes structurelles.
Ces engagements ne sont pas des formalités que l’on signe pour ensuite se féliciter d’avoir obtenu un accord. Ils supposent des décisions parfois difficiles, des arbitrages et surtout une volonté réelle de transformer les pratiques qui ont contribué aux déséquilibres.
Mais attention : l’ajustement budgétaire ne signifie pas nécessairement austérité aveugle. Il s’agit avant tout de rétablir la soutenabilité des finances publiques tout en préservant les dépenses essentielles, les investissements productifs et les conditions d’une croissance durable.
Pour le Gabon, la question fondamentale ne devrait donc pas être de savoir si nous aurons un programme avec le FMI, mais plutôt de comprendre pourquoi nous en avons besoin, ce que nous devons corriger et comment nous comptons sortir durablement de cette situation.
Car un programme réussi n’est pas celui qui aboutit simplement à la signature d’un accord. C’est celui qui permet à un pays de retrouver progressivement sa capacité à financer son développement, à honorer ses engagements et à préserver sa souveraineté financière.
Et j’insiste sur ce dernier point : la souveraineté économique ne se proclame pas. Elle se construit par la solidité des institutions, la qualité de la gouvernance et la bonne gestion des ressources publiques.
Le FMI peut accompagner le redressement d’une économie, mais il ne peut pas se substituer à la responsabilité des dirigeants dans la conduite des politiques publiques.
C’est pourquoi, au-delà des négociations en cours, le véritable enjeu pour le Gabon est de faire du prochain budget un instrument de correction de nos déséquilibres et de préparation de notre avenir, et non un simple exercice comptable.
Un programme avec le FMI peut être un point de départ. Il ne doit jamais être confondu avec le point d’arrivée.
La finalité de toute politique économique doit rester la même : permettre à notre pays de se développer durablement, avec ou sans l’assistance de ses partenaires financiers. »
Justine Judith Lekogo






