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Scholastique AYOLI LETSINA : « Le manque d’hygiène et le déficit d’empathie tuent parfois plus que la maladie elle-même »

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Moderniser les hôpitaux, oui. Mais la qualité d’un système de santé ne se mesure pas uniquement à des plateaux techniques. Il se mesure aussi à la dignité avec laquelle le plus humble d’entre nous est reçu, écouté et soigné.

Saluons d’abord ce qui doit l’être : 18 milliards de FCFA d’équipements biomédicaux, c’est un investissement significatif, et la fermeté de Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, Président de la République, Chef de l’État, sur les détournements de médicaments est une exigence salutaire. La modernisation des plateaux techniques était attendue. Elle est là.

Mais permettons-nous de rappeler une vérité que tout patient gabonais connaît : le manque d’hygiène et le déficit d’empathie tuent parfois plus que la maladie elle-même.

En effet, ce ne sont ni les scanners ni les respirateurs qui décident, seuls, de la vie ou de la mort dans nos hôpitaux. Ce sont plutôt trois éléments que l’argent seul n’achète pas.

L’hygiène, d’abord. Un hôpital sale tue en silence. Les infections nosocomiales font des ravages que le plus performant des équipements ne compensera jamais. Un sol propre, des mains bien lavées, du linge changé : voilà une médecine à coût quasi nul et à rendement immense. La propreté n’est pas un détail logistique, c’est un acte de soin à part entière.

L’accueil, ensuite. De l’agent de sécurité au portail jusqu’au médecin en consultation, en passant par les auxiliaires et les infirmiers, chaque contact avec un malade est un moment de soin ou un moment de violence.

Trop souvent, nos concitoyens arrivent malades et repartent humiliés. Le regard méprisant, le ton sec, l’indifférence face à la douleur : cette brutalité ordinaire laisse des blessures que la médecine ne soigne pas.

L’intelligence émotionnelle, enfin. La compétence technique ne suffit pas.

Soigner, c’est d’abord reconnaître dans le patient un être humain qui a peur, qui souffre, qui espère. L’empathie n’est pas un supplément d’âme réservé aux vocations exceptionnelles : c’est une compétence professionnelle, qui s’enseigne, s’évalue et se manage au même titre que la maîtrise d’un appareil de dialyse.

Je sais de quoi je parle. Je viens de perdre un être cher. Et à la douleur du deuil s’ajoute, sourde et tenace, la colère du souvenir. Le souvenir de ces infirmières qui riaient entre elles, les yeux rivés sur leurs téléphones, à quelques pas de ma famille désemparée, en larmes. Malgré la douleur qui m’étreignait, mon regard n’a pas pu s’empêcher d’observer, d’analyser. Et une question demeure : l’issue d’un de leurs patients aurait-elle pu être différente si l’une de ces jeunes dames avait simplement été plus professionnelle, c’est-à-dire plus présente, plus attentive, plus humaine ? Je ne pourrais l’affirmer. Mais la question taraude mon esprit.

Le Chef de l’État a eu raison d’insister sur la qualité de l’accueil et l’entretien des équipements. Prenons-le au mot : que la prochaine étape de cette réforme soit un vaste programme de formation à la relation soignant-soigné, des standards d’hygiène audités et publiés, et une évaluation des personnels qui intègre le comportement autant que la technique.

Car le système de santé moderne, performant et accessible, visé par l’ambition affichée des plus Hautes Autorités, ne se mesure pas seulement au nombre de machines livrées. Il se mesure à la dignité avec laquelle le plus humble des Gabonais est reçu, écouté et soigné.

Aux personnels soignants, nous connaissons vos engagements : les gardes interminables, les moyens qui ont longtemps manqué, les salaires qui ne reflètent pas toujours la noblesse de la mission.

Beaucoup d’entre vous soignent avec le cœur autant qu’avec la science, et le pays vous le doit. C’est précisément parce que nous savons ce dont vous êtes capables que nous vous encourageons à faire encore plus : soyez, chacun à votre poste, les gardiens de cette humanité du soin.

Ces équipements neufs seront votre outil ; votre compassion restera votre plus belle signature pour sauver des vies.

Revenons à l’humain. C’est là que commence la guérison.

Scholastique AYOLI LETSINA

Citoyenne engagée

Manager du Développement des Organisations

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