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FÉGAFOOT : Blanchard Paterne Andoume dénonce des irrégularités dans le processus électoral

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Dans une interview accordée à notre rédaction, Blanchard Paterne ANDOUME, Essayiste, dirigeant de football et observateur de la vie politique, économique et sociale du Gabon démonte pièce par pièce l’édifice électoral de la FÉGAFOOT.

CDJ : Monsieur ANDOUME, votre Coalition multiplie depuis plusieurs semaines les déclarations contre le processus électoral de la FEGAFOOT. Certains estiment que vous faites de l’obstruction politique. Que répondez-vous ?

Blanchard Paterne ANDOUME :
De l’obstruction politique ? Non. De la résistance juridique ? Absolument. Et il y a une différence fondamentale entre les deux.

L’obstruction, c’est quand on s’oppose sans argument. Ce que nous faisons, c’est l’exact contraire : nous citons les textes, article par article, alinéa par alinéa, et nous montrons que ce processus n’y est pas conforme. Si quelqu’un peut nous réfuter sur le fond, qu’il le fasse. Jusqu’à présent, la direction de la FEGAFOOT n’a produit aucun argument juridique sérieux en réponse à nos démonstrations. Aucun. Ce silence est lui-même éloquent.

CDJ : La FEGAFOOT affirme que la Commission Électorale a été régulièrement constituée lors du 63ème congrès ordinaire. Pourquoi ne pas leur faire confiance ?

Blanchard Paterne ANDOUME :
La confiance en une institution ne dispense pas du respect des textes. Ce sont deux choses distinctes. La FEGAFOOT dit que la Commission a été « élue lors du 63ème congrès ». Mais l’article 5 du Code Électoral définit précisément ce qu’est une élection au sein de la FEGAFOOT.

Article 5 du Code Électoral : « La Commission Électorale est élue conformément aux dispositions du présent code électoral, par l’Assemblée Générale pour une durée de quatre (4) ans. »

Conformément aux dispositions du code électoral — cela renvoie aux articles 10, 11 et 12 : appel à candidatures, dépôt de dossiers, examen d’éligibilité, scrutin à bulletin secret. Est-ce que tout cela a été fait ? Non. Le Bureau Exécutif a présenté une liste. La salle a levé la main. C’est une désignation déguisée en élection, pas une élection.

CDJ : Vous invoquez l’article 26 sur le bulletin secret. N’est-ce pas un détail de procédure ? Des personnes ont bien été désignées pour organiser l’élection…

Blanchard Paterne ANDOUME :
Un détail de procédure ? C’est exactement ce genre de raisonnement qui permet à toutes les dérives institutionnelles de prospérer.
Le vote à bulletin secret n’est pas un détail. C’est une garantie fondamentale de la liberté de vote, de l’absence de pression, de la sincérité du scrutin. L’article 26 alinéa 2 des Statuts est catégorique : Article 26 al. 2 des Statuts : « Les élections se font à bulletin secret, y compris les élections de la Commission Électorale. » Y compris. Ces deux mots ne souffrent aucune exception. Quand on vote à main levée pour constituer un organe électoral, chacun voit comment vote son voisin. On crée de facto une pression sur les délégués. C’est précisément ce que le statut interdit. Appeler cela un détail, c’est se moquer des membres de la FEGAFOOT.

CDJ : Vous avez contesté la date du congrès. N’est-ce pas un simple retard administratif, excusable compte tenu des contraintes d’organisation ?

Blanchard Paterne ANDOUME :
Un retard de trois mois n’est pas un retard administratif. C’est une violation caractérisée d’une obligation statutaire impérative.
L’article 27 alinéa 1 des Statuts est limpide : le congrès ordinaire doit se tenir « une fois par an, au plus tard fin mars ». Le 29 juin 2025, c’est le 29 juin — pas le 31 mars. Il n’existe dans les textes aucune disposition permettant une prorogation de ce délai. Aucune.

En droit, une obligation assortie d’un délai impératif ne se négocie pas. Le dépassement de ce délai affecte la validité du congrès lui-même. Un congrès caduc ne peut produire aucun acte juridique valable. La Commission Électorale née du 63ème congrès n’a donc aucune existence légale opposable aux membres de la fédération.

CDJ : Les dirigeants de la FEGAFOOT rétorquent que tout s’est passé normalement, que les membres étaient présents et ont approuvé. Comment répondre à cela ?

Blanchard Paterne ANDOUME :
Voilà un argument qui mérite qu’on lui oppose les faits documentés. Et les faits sont dans les procès-verbaux — ces documents officiels que personne n’a eu le courage d’analyser publiquement jusqu’ici.

Quand une véritable élection se tient, le procès-verbal en porte la trace irréfutable. On y trouve obligatoirement :

— Le nombre de candidatures déposées : combien de personnes se sont portées candidates ?
— Les candidats déclarés éligibles ou écartés : qui a été admis à concourir, et sur quelle base ?
— Le nombre de votants : combien de délégués ont participé au scrutin ?
— Le nombre de suffrages exprimés : combien de bulletins valides ont été comptabilisés ?
— Les bulletins blancs et nuls : combien de bulletins ont été annulés ?
— Les résultats nominatifs : combien de voix chaque candidat a-t-il obtenu ?
— La composition du bureau de vote : qui a supervisé le dépouillement ?

J’ai examiné le procès-verbal du 63ème congrès ordinaire du 29 juin 2025, celui qui a prétendument constitué la Commission Électorale. Aucune de ces mentions n’y figure. Pas une seule.

Ce que le PV retrace : une présentation de membres par le Bureau Exécutif, un vote à main levée, une adoption. Juridiquement, cela s’appelle une désignation. Appeler cela une élection, c’est un mensonge que les textes démasquent.

CDJ : Et la Commission de Recours — dont on parle moins — est-ce la même situation ?

Blanchard Paterne ANDOUME :
Exactement la même situation — et même pire, car la Commission de Recours cumule plusieurs irrégularités spécifiques que personne n’avait encore mises sur la place publique.

L’article 13 du Code Électoral est explicite : « La Commission de Recours est mise en place en même temps que la Commission Électorale, lors de l’assemblée générale ordinaire précédant l’assemblée générale élective. »

En même temps. Même assemblée. Celle qui précède directement le congrès électif.
Or la Commission de Recours a été installée lors du 62ème congrès ordinaire du 3 mars 2024 — soit deux ans avant le congrès électif de 2026. La Commission Électorale, elle, a été installée le 29 juin 2025. Ces deux organes n’ont jamais été constitués simultanément. Le principe de concomitance imposé par le Code Électoral a été purement et simplement ignoré.

CDJ : Et le procès-verbal de ce 62ème congrès de mars 2024 — que dit-il exactement ?

Blanchard Paterne ANDOUME :
Il dit exactement la même chose que celui du 63ème congrès. C’est-à-dire : rien de ce qui caractérise une élection réelle.
J’ai analysé ce PV avec soin. Cherchez-y le nombre de candidatures déposées pour la Commission de Recours : absent. Les critères d’éligibilité appliqués : absent. Le nombre de votants : absent. Les suffrages exprimés : absent. Les bulletins blancs ou nuls : absent. Les résultats nominatifs : absent.

En revanche, on y trouve : une présentation des membres par le Bureau Exécutif, et un vote à main levée. Deux congrès. Deux organes électoraux différents. Deux procès-verbaux. Et dans les deux cas, pas un seul élément de preuve d’une élection digne de ce nom. Ce n’est pas une coïncidence. C’est un mode opératoire.

CDJ : Vous utilisez le mot « mascarade ». N’est-ce pas excessif ? Les personnes nommées sont peut-être compétentes et de bonne foi…

Blanchard Paterne ANDOUME :
Je ne mets pas en cause la compétence individuelle des personnes qui siègent dans ces commissions. Ce n’est pas la question.

La question, c’est la légitimité de l’organe, pas la valeur des individus. Un juge compétent nommé sans respecter la procédure légale reste un juge illégitime — quelles que soient ses qualités personnelles.
Quant au mot mascarade — je l’assume pleinement. Appeler élection ce qui n’en a aucun des attributs — pas de candidatures formelles, pas de scrutin secret, pas de dépouillement tracé, pas de résultats nominatifs — c’est tromper les membres de la fédération. C’est leur dire « vous avez élu vos représentants » alors qu’en réalité on leur a imposé des organes que personne n’a vraiment choisis. Oui, pour moi, c’est une mascarade.

CDJ : Quelles sont concrètement les conséquences juridiques ? L’élection prévue peut-elle quand même se tenir ?

Blanchard Paterne ANDOUME :
Les conséquences sont claires et graves.

Premièrement : toute décision prise par la Commission Électorale est juridiquement contestable — devant les instances internes de la FEGAFOOT, devant les juridictions gabonaises, devant la CAF et la FIFA.

Deuxièmement : le bureau fédéral issu de cette élection naîtra sous le signe de la contestation permanente. Sa légitimité sera fragilisée dès le premier jour. Ce sont les projets et le développement du football gabonais qui en pâtiront pendant toute la durée du mandat.

Troisièmement : la Commission de Recours — censée traiter les recours des candidats — étant elle-même illégitime, toute décision qu’elle rendra pourra être attaquée et annulée. Le filet de sécurité juridictionnel du processus n’existe tout simplement pas.

Donc non — l’élection ne peut pas valablement se tenir dans ces conditions. Pas parce que nous le voulons. Mais parce que les textes l’interdisent.

Derrière ces arguments juridiques, certains voient une ambition politique personnelle. Que voulez-vous vraiment ?
Blanchard Paterne ANDOUME :
C’est la question qu’on pose toujours à ceux qui dérangent.
Je vais vous répondre simplement : si j’avais voulu mener un combat politique personnel, j’aurais soutenu tel ou tel candidat, j’aurais pris parti dans les luttes d’influence internes. Ce n’est pas ce que j’ai fait. Ce que j’ai fait — avec la Coalition et en mon nom propre — c’est pointer des violations de textes. Des textes que la FEGAFOOT s’est elle-même donnés.

Ma position est simple : peu m’importe qui gagne l’élection. Ce qui m’importe, c’est qu’elle soit organisée dans la légalité, par des organes valablement constitués, selon une procédure qui respecte les droits de tous les candidats. C’est tout. Si demain la direction actuelle respecte les textes — je serai le premier à m’en réjouir.

CDJ : Que demandez-vous concrètement à la FEGAFOOT aujourd’hui ?

Blanchard Paterne ANDOUME :
Trois choses précises.

Premièrement : la dissolution immédiate de la Commission Électorale et de la Commission de Recours dans leur composition actuelle. Ces deux organes sont illégaux — les textes le démontrent, les procès-verbaux le confirment.

Deuxièmement : la suspension du processus électoral en cours, le temps de reconstituer ces organes dans le strict respect des statuts et du code électoral.

Troisièmement : la convocation d’un congrès régulier — au plus tard fin mars comme les statuts l’exigent — au cours duquel une véritable élection sera organisée : appel à candidatures publié, dossiers examinés, scrutin à bulletin secret, dépouillement tracé, résultats nominatifs consignés dans le procès-verbal.
Ce n’est pas une demande d’opposition. C’est une demande de conformité.

CDJ : Un dernier mot pour conclure ?

Blanchard Paterne ANDOUME :
Oui. Je veux m’adresser directement aux membres de la FEGAFOOT — aux clubs, aux ligues, aux joueurs, aux entraîneurs, à tous ceux qui aiment le football gabonais.
Ce combat n’est pas le mien seul. Il est le vôtre. Parce que ce sont vos droits qui sont en jeu. Votre droit d’élire librement vos dirigeants. Votre droit à un processus transparent, tracé, incontestable. Votre droit à des institutions qui méritent votre confiance.

Le football gabonais mérite une fédération solide, dont l’autorité repose sur une légitimité incontestable — pas sur le rapport de force du moment. Cette légitimité ne se décrète pas. Elle se construit — ou elle se détruit. Il est encore temps de bien faire. Le football gabonais le mérite.

Entretien réalisé le 26 mars 2026

 

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