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Libreville : La politique des trottoirs ou la fragilité de l’autorité à Libreville !

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Par Justine Judith Lekogo

Récemment, la mairie de Libreville a procédé à une vaste opération de libération des trottoirs. Objectif affiché : fluidifier la circulation, embellir la capitale, redonner de la cohérence à l’espace urbain. Mais à peine deux semaines après, les mêmes espaces « nettoyés » sont déjà réoccupés. Ce triste constat pose une question simple : à quoi servent nos décisions publiques si elles ne durent pas ?

Lorsqu’une autorité agit, elle engage la responsabilité de l’État et la crédibilité de l’institution qu’elle incarne. Comment expliquer alors que des mesures officielles, annoncées à grand renfort de communication, puissent être si rapidement bafouées ? Cette situation traduit un défaut majeur : l’absence de suivi, de fermeté et de planification.

Car libérer les trottoirs ne doit pas être une opération ponctuelle, destinée à produire de belles images pour quelques jours. C’est un chantier de fond, qui suppose une stratégie durable. Prenons l’exemple du quartier des Charbonnages : après une grande opération de déguerpissement, les commerçants informels ont aussitôt repris possession des lieux. Pourquoi ? Parce qu’ils savent qu’en l’absence de contrôle permanent, l’autorité finit toujours par se relâcher. Une simple présence policière aurait suffi à décourager toute réinstallation.

Ce laxisme a deux conséquences majeures.
D’abord, il vide les décisions administratives de leur valeur. Une mesure sans suivi, sans contrôle régulier, sans sanctions claires n’est qu’un vœu pieux. Ensuite, il fragilise la crédibilité des institutions. Quand l’État n’assume pas jusqu’au bout ce qu’il proclame, il installe le doute et la résignation dans l’esprit des citoyens. Pire, il nourrit cette réputation peu flatteuse que l’on colle trop souvent aux Gabonais : « prendre des décisions qui ne durent jamais ».

Il est temps de rompre avec ces opérations spectaculaires sans lendemain. La gestion des trottoirs ne peut se réduire à des coups de balai épisodiques. Elle doit s’inscrire dans une politique urbaine cohérente, construite autour de trois impératifs :
1. Un suivi rigoureux. Toute mesure doit être accompagnée d’une présence effective sur le terrain. Pas un jour, pas une semaine : en permanence.
2. Une crédibilité assumée. Une autorité qui décide doit faire respecter sa décision, sinon elle abdique son rôle.
3. Des alternatives réalistes. On ne peut pas ignorer la réalité sociale des petits commerçants. Chasser les vendeurs de fortune sans leur offrir d’espaces adaptés revient à déplacer le problème, non à le résoudre. Cela suppose de construire des marchés modernes, de créer des zones dédiées au commerce informel, et de penser la ville comme un espace partagé, non comme un champ de conflits permanents.

La libération des trottoirs est une nécessité pour l’ordre public, la fluidité de la circulation et l’image de notre capitale. Mais elle ne peut réussir que si elle s’accompagne d’une vision à long terme.

Une décision qui n’est pas suivie d’effets n’est pas seulement inutile : elle affaiblit l’État tout entier. Le respect se gagne par la rigueur et la constance dans l’action, non par des coups d’éclat sans lendemain. Libreville mérite mieux qu’une politique de façade.

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